Observation Terrain – Témoins de Jéhovah

Par Maude Labrecque et moi-même, dans le cadre de notre cours de Sensibilisation aux Problèmes Sociaux, octobre 2015.

Nous sommes allés rencontrer des témoins de Jéhovah dans un de leur Royaume. Notre but était de voir comment les personnes adhérant à une secte se comportent et à quel point ils suivent ce que dit leur ministre du culte. Nous aimerions comprendre pourquoi et comment ces personnes sont à un tel point encrées dans cette secte qu’elles ne savent plus penser par elles-mêmes. La secte des Témoins de Jéhovah est facile d’accès et ne fait pas partie des sectes dangereuses, donc nous étions devant moins de risque à choisir cette secte.
Nous avons assisté à une réunion publique des Témoins de Jéhovah qui se situait près du métro St-Michel. Habitant tous deux sur la rive sud, nous avons choisi Montréal pour ne pas se faire poursuivre jusqu’à notre maison et se faire harceler par eux pour y retourner. La rencontre se déroulait le dimanche 27 septembre à 10 heures du matin. Nous sommes restés jusqu’à la fin, donc environ 2 heures.

C’est un lieu privé pour les croyants de la secte, mais il devient public deux soirs par semaine pour pouvoir accueillir de nouvelles personnes parmi eux. Il y avait quand même beaucoup de monde. C’était une petite salle, mais elle était remplie. Tout le monde était joyeux et se saluait avec des pognées de mains et venaient même nous saluer et nous souhaiter la bienvenue. Pendant la messe, c’était très calme car toutes les personnes présentes écoutaient bien ce que le ministre du culte racontait. Par contre, il y avait quelques pleurs d’enfants de temps en temps. C’était un rythme assez lent, car les gens prenaient leur temps surtout après la messe, puisque les Témoins restaient pour parler entre eux. Pendant la messe, le ministre du culte prenait des réponses de beaucoup de gens dans la salle pour répondre à la même question, ce qui ralentissait le rythme de la réunion. La salle du Royaume était claire, sobre et très propre.

Les personnes présentes étaient des Témoins de Jéhovah (TJ) pratiquants, ainsi qu’un ministre du culte qui faisait les lectures et dirigeait les discussions. Les membres comportaient autant d’homme que de femmes, d’environs 30 ans et plus et quelques enfants étaient présent (d’environs 18 mois et 8 ans). Étant dans le quartier multiethnique de St-Michel, plus de la majorité des membres étaient de race noire. Ils étaient tous habillés de façon très formelle, complet-cravate pour les hommes, robes et coiffures soignées pour les femmes et enfants. Apparences très conservatrices.

Les TJ ne semblent souffrir d’aucune des formes d’exclusions économiques. La dimension la plus importante d’exclusion pour eux est la dimension symbolique. Plusieurs valeurs viennent en contradictions avec beaucoup de normes sociales québécoises, pas tant du coté de l’importance de la religion dans leur vie mais, par exemple, du fait qu’ils voient la femme comme un être faible [Les Saintes Écritures, Pierre 3:7] qui doit être soumise à son mari [Les Saintes Écritures, Éphésiens 5:22-24].

L’identité sociale des TJ est remplie de préjugers négatifs. Ils frappent à nos portes pour nous parler de Jéhovah Dieu, et reviennent constamment. Ils apportent leurs enfants avec eux, ce qui est mal vu par plusieurs. On entend tellement de choses négatives à propos des TJ, que ce soit des oui-dires ou venant directement d’anciens pratiquants, l’opinion générale de cette secte est peu reluisante.

Les Témoins de Jéhovah s’excluent eux-même socialement. Ensemble, ils forment une grande famille spirituelle, ont des amis et une famille sur qui ils peuvent compter, mais pas en dehors des Témoins. Ils voient « les autres » comme non fréquentables. Ils ont une idée sur ce que le monde extérieur au Témoins est, idée qui n’est pas toujours juste (disant, par exemple, que la mode actuelle est métrosexuelle, et de ne pas tomber dans ce panneau), et s’y base pour créer des règles de vie pour éviter que les membres des TJ soient corrompus.
Une des problématiques sociales les plus évidentes que nous avons pu observer est l’endoctrinement et l’abrutissement de ses pratiquants. Ils écoutaient tout ce que le ministre du culte disait et ce même si cela ne faisait pas de sens. Durant la réunion, le ministre faisait une lecture d’un texte de la Tour de Garde (15 juillet 2015, p.27-31) et posait ensuite, après chaque paragraphe, des questions à l’assemblée, qui répondaient comme des robots, des réponses toutes faites ne laissant aucune place à la discussion, aux opinions ou remises en questions. Exemple : « L’organisation de Jéhovah se donne beaucoup de mal pour fournir des Salles du Royaume modeste et pour aider a leur financement. Les plans, les constructions et les rénovations sont réalisés par des volontaires non rémunérés. » – Tour de Garde, 15 juillet 2015, p.29

Suite à quoi, le ministre demande aux membres « Qui s’occupent de bâtir les Salle du Royaume? » et laisse la parole à 3 ou 4 pratiquants, à tour de rôle, qui disent tous, mot pour mot, « Par des volontaires non rémunérés ». Nous avons eu le sentiment que les membres étaient complètement contrôlés, infantilisés, brimés de tout sens critique et liberté de penser. C’était très déstabilisant.

Les enfants, aussi jeunes que 18 mois, doivent non seulement assister aux réunions, mais doivent aussi être attentifs au discours et la seule chose dont ils sont autorisés à « jouer » avec pour se désennuyer, est le livre de chant religieux. Les jeunes bambins pleuraient et se tortillaient dans les bras de leur parents. Ils ne pouvaient pas jouer ou aller se promener, car comme le dicte la Tour de Garde du 15 juillet 2015, ce serait un manque de respect envers Jéhovah qu’un bambin mange un biscuit ou dessine tranquillement pendant une messe.
Les gens se rassemblent dans la Salle du Royaume pour rendre hommage à leur Dieu et étudier la Bible. L’atmosphère est calme et tous les participants sont concentrés sur le discours du ministre du culte. Après la messe, tous se lèvent et conversent ensemble, s’étreignent, se serrent les mains, jouent avec les enfants. L’ambiance est au plaisir de ce revoir et d’échanger.

Vincent Pour être honnête, je n’avais pas beaucoup de préjugés par rapport aux Témoins de Jéhovah avant mon observation, mis à part que d’après moi, il fallait obligatoirement être vulnérable psychologiquement pour s’embarquer dans cette secte. Pour moi, c’était un ensemble de croyances et pratiques comme les autres sectes et religions. Je n’avais aucune peur, mais il est évident que cette communauté vient à l’encontre de mes principes. J’avais entendu des choses, venant surtout de documentaires, avec lesquelles je n’adhérais pas. Je me demandais surtout comment quelqu’un qui n’est pas né dans les Témoins, ayant vécu dans notre société moderne, avec les valeurs québecoises modernes, pouvait se laisser embarquer. Pendant mon observation, je n’ai pas eu de peur en tant que tel, mis à part la craintes qu’ils ne nous laissent pas partir, qu’ils veuillent nous parler plus, parce qu’après notre observation de 2 heures, tout ce que nous voulions était de sortir de cette ambiance.

J’ai cru naïvement que nous pourrions faire notre observation tranquille en retrait, sans interactions avec les Témoins. J’ai été surpris et ébranlé d’avoir été pris en charge presqu’automatiquement. Lors des chants religieux, je ne pouvais même pas prononcer le mot « Jéhovah », c’était plus fort que moi, j’étais incapable, ni de fermer les yeux lors des prières. Le choc de valeur était trop important. D’entendre le ministre du culte parler des valeurs familiale et du mariage m’a laissé sans voix, incrédule. Je ne pouvais pas croire qu’en 2015 au Québec, ces façons de vivre étaient encore préservées. Lorsque le ministre annonça la partie questions-réponses, j’étais emballé, je me disais que ça allait être super intéressant de voir la vision des choses des gens et leurs opinions, mais j’ai été attristé et perplexe de voir que non seulement il n’y avait aucune place aux échanges d’opinion, mais aussi de voir des adultes répondre comme des enfants de première année devant leur professeur. C’était inquiétant.

En sortant de cet endroit, je peux dire que mes préjugés sont non seulement confirmés mais sont plus forts. Je n’avais aucune idée à quel point c’était intense et rigide, la pratique des Témoins de Jéhovah. Ils veulent sauver les âmes perdues, moi je veux les sauver eux. Leur redonner leur liberté psychologique. Je trouve cette secte psychologiquement dangereuse et tordue.
Maude Je ressentais beaucoup de peur avant pour savoir quoi répondre lors des questions qu’ils allaient me poser pour la raison de ma présence ici. Pendant la réunion, j’avais peur qu’ils ne nous laissent pas partir, car il y avait une personne qui nous suivait partout pour nous montrer comment ça fonctionnait lors des réunions et il observait tous nos faits et gestes. Après la réunion, je n’ai pas perdue mon préjugé. Car, je ne comprends toujours par comment une personne peut aimer se faire contrôler sur sa manière de penser et en plus de forcer ses enfants à y participer. De plus, ces enfants la seule chose qu’ils voulaient faire pendant tout le long de la réunion c’était de s’amuser.

Nous avons ressenti un grand malaise d’être là. Nous nous sommes sentis comme des imposteur, à donner de faux noms et fausse informations. De plus, nous étions habillés de façon trop décontractés comparé à tous les membres présents. C’était très inconfortable d’être suivit et surveillé sans arrêt. C’était intimidant. Nous devions garder un visage souriant et intéressé, et c’était très difficile. Nous voulions partir au plus vite.
Malgré l’incompréhension toujours présente face à comment quelqu’un peut se plaire dans cette encadrement religieux, nous comprenons comment il peut être facile pour quelqu’un de vulnérable psychologiquement de se laisser embarquer dans cette secte. Les Témoins de Jéhovah sont excessivement chaleureux, amicaux, plein d’amour et n’importe qui vivant une passe difficile, se sentant mal aimé ou seul peut devenir facilement accro à ce genre d’attention et d’affection. Tranquillement il se font conditionner, mais tout commence par un grand besoin de reconnaissance et d’amour, et les TJ en donnent à profusion. C’est presqu’épeurant, comment il s’y prennent pour recruter les gens.

Nous sommes néanmoins satisfaits de notre expérience parce que cela nous a tellement sorti de notre zone de confort que ça en fut enrichissant. Ça nous donne une vision plus juste de qui ils sont et de comment leur secte est bâtie et régie. Par contre, désormais, nous nous tiendrons loin des TJ, car être avec eux une fois, c’est assez traumatisant émotionnellement pour n’avoir plus le goût d’y retourner.